Edito de la DP

Le leadership féminin se révèle en temps de crise


  • 12 Juin 2020
Le leadership féminin se révèle en temps de crise
Bel Lauretta TENE, Directrice de Publication du magazine Dirigeantes

Lors de la 2ème édition des MasterClass organisée, les 27 et 28 février, par le magazine Dirigeantes et le cabinet Afrique RSE, l’atelier « leadership féminin » a encore eu du succès.

Co-animatrice de cet atelier, Adèle KAMTCHOUANG, Présidente Directrice Générale de Tropik Industries a mis en exergue les qualités d’un.e bon.ne leader à savoir : Charisme, courage, compétence, communication, engagement, crédibilité et compassion.

D’après la PDG un.e leader doit être humble, être à l’écoute, savoir motiver les troupes, avoir des valeurs, prendre des risques et inspirer.

Pour Adèle KAMTCHOUANG « Think manager, Think male. Think crisis, Think female ».

Son parcours est d’ailleurs le reflet de cette pensée. Adèle KAMTCHOUANG commence comme stagiaire au sein de la filiale de UNILEVER au Cameroun (devenue TROPIK INDUSTRIES S.A) et en devient quelques années plus tard non seulement la PDG mais également l’actionnaire majoritaire.

A sa prise de fonction de PDG en 2012, elle découvre une entreprise dans une situation très critique et mesure l’ampleur de la tâche : Un résultat déficitaire trop important, des manques de trésorerie considérables, des grosses dettes auprès de plusieurs institutions bancaires, des fournisseurs étrangers et locaux, plusieurs frais de douanes de marchandises à payer, etc.

Adèle KAMTCHOUANG a d’ailleurs avoué sa peur à l’époque de prendre la tête d’une telle entreprise confrontée à d’énormes difficultés et proche du dépôt de bilan. Il a donc fallu prendre des mesures très difficiles pour remettre l’entreprise sur pied mais avec la forte volonté de préserver les acquis et les emplois des salariés surtout ceux au bas de la pyramide.

Grâce à son leadership efficace et à une bonne gestion de crise, TROPIK INDUSTRIES S.A est aujourd’hui une entreprise prospère avec un capital de 540 000 Euros avec une centaine de salariés et qui fait des millions d’euros par an. Alors qu’en 2012, elle était la seule femme au CA, aujourd’hui elle a contribué à la montée de plusieurs femmes au top management.

Mary BARRA, PDG de General Motors et première femme à la tête d’un grand constructeur automobile a également été confrontée à une situation majeure de crise. Fille d’ouvrier du constructeur automobile américain, elle est diplômée en Ingénierie Electrique du General Motors Institute of Technology. Elle effectue ses premiers pas chez General Motors à 20 ans dans le cadre d’un stage en alternance à Pontiac. Après l’occupation de quelques postes au sein du groupe, elle prend la direction de l’usine Hamtramck. Après son MBA, elle est nommée au poste d’assistante exécutive du PDG en 1988. Mary BARRA est ensuite nommée DRH en 2009. Elle doit faire face au licenciement des milliers de salariés et l’arrêt de plusieurs usines.

Le 10 Décembre 2013, elle est nommée au poste de Directrice Générale. Ce qu’il faut retenir le communiqué qui annonçait sa nomination précisait ceci : « elle fait partie de celles et ceux qui ont mené le redressement du groupe, la revitalisation de ses produits, ce qui s'est traduit par le lancement de nouveaux produits acclamés par la critique, avec des niveaux de qualité record et une grande satisfaction des consommateurs ».

Cependant, juste après sa nomination au poste au top management, elle a fait face à des problèmes de qualités majeures sur les productions des années précédentes. 27 millions de voitures ont été rappelées sur une période de 12 mois, des voitures ayant un défaut de système de démarrage ayant provoqué au moins 45 décès en dix ans. General Motors était donc en confrontée à une grave crise.

Là encore, Mary BARRA a fait preuve de courage et de leadership pour relever l’entreprise. En 2016, elle est promue PDG. Depuis des années, elle fait partie des cinq premières du classement Forbes des femmes les plus puissantes du monde.

Au-delà du cas de ces deux dirigeantes, des études confortent également l’idée d’un leadership féminin exemplaire en tant de crise.

Dans l’article « Pourquoi les femmes sont les vraies leaders du changement responsable en entreprise ? » publié sur le site The Conversation Catherine POURQUIER et Jacques IGALENS affirment « qu’en période de croissance, les entreprises qui ont plus de femmes dans les instances dirigeantes sont pénalisées alors que c’est le contraire en période de crise. »

Selon le Professeur Michel FERRARI, Professeur de management des ressources humaines de l’Université de Genève, l’explication tiendrait à une aversion aux risques plus importante des femmes par rapport aux hommes.

Se référant à la théorie de l’identité sociale, Catherine POURQUIER et Jacques IGALENS expliquent que les femmes ont tendance assez naturellement à s’identifier à des traits moraux tels que « juste », « honnête », « généreux » et « gentil ».

D’ailleurs, depuis le lancement du projet Dirigeantes, nous interrogeons régulièrement les cadres et dirigeantes sur l’existence du management au féminin. Pour celles qui répondent par l’affirmative, ce management au féminin se caractérise par la bienveillance, l’honnêteté, l’écoute, l’empathie et une meilleure communication.

Ces caractéristiques ainsi que les traits moraux sont donc de véritables outils féminins notamment en période de crise.

La grave crise sanitaire du COVID-19 a également démontré la force du leadership féminin.

Pendant que le monde enregistre de milliers de morts et de nombreuses personnes contaminées, les pays gérés par les femmes s’en sortent mieux. C’est le cas notamment pour l’Allemagne, la Nouvelle -Zélande, la Géorgie, l’Éthiopie, la Namibie, le Singapour, le Bangladesh, le Danemark, l’Islande, la Bolivie où les femmes par leur style de management ont su éviter une catastrophe sanitaire à leur pays.

Le cas le plus exceptionnel est celui de Jacinda ARDEN, la Première Ministre de la Nouvelle-Zelande qui a carrément sorti son pays de la crise sanitaire avec zéro cas enregistré. L’article paru dans le journal Le Monde du 12 juin précise qu’elle a réussi grâce à sa bienveillance et sa fermeté.

Les femmes sont de meilleurs leaders en temps de crise. Mais il faudra aussi éviter que les femmes soient au bord de la falaise de verre. Il s’agit de faire monter les femmes au top management en période de crise et de les attribuer la responsabilité en cas d’échec.

Bel Lauretta TENE, Directrice de Publication du magazine Dirigeantes www.lesdirigeantes.com et Consultante RH


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